12
Sep

Google et la fin du monde des données gratuites

(Matt Cutts, chef de l’équipe anti-spam chez Google se réjouissant de la fin du monde des données gratuites)

This is the end. Les années 2000 sont bien finies, c’était la belle époque, période hippie du Web, tout le monde était à égalité ; le web 2.0 : on pouvait tout se dire, tout était devenu transparent, Google partageait tout parce que c’était cool, parce que c’était une des valeurs fondatrices du Web.

Mais ça, c’était avant.

Cela fait à peu près 1 an demi que l’on sent le vent tourner. Protection de l’utilisateur comme premier argument, Google garde de plus en plus d’informations pour lui. Dernier changement en date : l’explosion du ‘Not Provided’.

Google nous a récemment privés de plusieurs outils essentiels dans notre vie de webmarketeur et référenceur.

RIP Google Keywords

Vous vous souvenez sans doute avec des larmes d’émotion de Google Keywords, accessible à tout à chacun. Il permettait en quelques clics de découvrir les volumes de recherches sur Google pour les expressions-clés désirées et, comble de la bienveillance, nous suggérait tout un tas d’autres expressions clés générant un trafic qualifié. Une aubaine pour les webmarketeurs et autres référenceurs.

L’outil a disparu, il vous faut maintenant un compte Google actif pour accéder au planificateur de mots clés d’AdWords : un outil moins ergonomique, et seulement ouvert à ceux qui disposent d’un compte Google AdWords.
V. https://support.google.com/adwords/answer/3141229

RIP le Page Rank public

Le Page Rank n’est plus mis à jour (comme on nous l’explique plus en détail ici) : élément historiquement essentiel de l’algo de Google, cette donnée ne serait plus mise à jour publiquement depuis février / mars. Ce n’est pas la mort du Page Rank, bien au contraire pourrait-on dire, seulement une démonstration de plus de la volonté de Google de garder pour lui autant d’informations que faire se peut.

L’explosion du Not Provided

Derrière ce message qui peut vous sembler abscons, sourde une terrible nouvelle que je vais tenter de vous expliquer :
Google transmettait jusqu’à il y a encore 2 ans quasiment 100 % des données concernant le trafic généré sur son moteur de recherche. Ainsi lorsqu’un internaute accédait à votre site via le moteur de recherche de Google, non seulement vous saviez que l’internaute venait du site référant Google.fr, mais en plus, vous saviez quelle requête (mots-clés) il avait tapé dans Google.fr avant de cliquer sur votre lien. En croisant cette donnée avec les transformations (ou conversions) de votre site Web, vous saviez très aisément quelles expressions-clés ou groupe d’expressions-clés étaient les plus rentables.

Une analyse très fine des performances et des orientations à prendre étaient possibles, la rentabilité des campagnes s’en trouvait renforcée et les stratégies à employer étaient clairement identifiables.
Cette donnée marketing était fournie gratuitement par Google. Mais depuis 1 an et demi environ, Google donne de moins en moins d’informations, c’est le ‘not-provided’ :

  • Google a supprimé la remontée des données lorsque vous êtes sur le protocole de navigation https (par exemple lorsque vous êtes connecté à un service de Google).
  • Ce protocole devenant la norme dans de nombreux cas, le Not Provided n’a cessé de progresser.
  • Depuis quelques jours enfin, il explose, vous pouvez découvrir ici la progression du Not Provided compilé pour 60 sites. La progression du Not Provided est vertigineuse: Google déploierait en ce moment le protocole HTTPS pour l’ensemble des internautes. Il faut donc s’attendre à ne plus du tout avoir de données sur les expressions clés utilisées dans les semaines ou les mois à venir.

not provided count (La triste vérité en image)

Alors, pourquoi Google est-il si méchant ?

  • La protection de la vie privée ? Ce n’est pas cela qui motive Google, ces données restent récoltées et exploitées, notamment au travers des campagnes AdWords.
  • Une manœuvre anti black hat : moins il y a d’infos, moins il est facile de manipuler l’algorithme. Cet argument à ses limites cependant : tant qu’il y aura des critères de positionnement, les résultats des moteurs de recherches pourront être manipulés et il y aura des black hats.
  • Google monétise ses données : Google a l’essentiel du marché de la recherche en Europe et environ les deux-tiers en Amérique du Nord, quasiment tout le monde a Google Analytics sur son site Internet, ces données sont une mine d’or. Ne plus distribuer celles-ci gratuitement, même partiellement, c’est priver les autres acteurs d’une mine d’informations qu’il lui sera loisible de revendre. C’est bien ce qu’il fait au travers de sa régie publicitaire (notamment).

Finalement, les raisons qui poussent Google à distribuer ou non ses données n’ont que peu d’importance pour nous, le Lumpenproletariat du Web : remettons-nous en cause les lois de la nature qui nous gouvernent tous ? Bien sûr que non, nous n’en sommes pas les législateurs. Il en va ainsi de Google qui, ordonnateur du Web, nous impose ses lois, à nous de nous adapter, de prévoir ses changements et d’être plus malins que le voisin.

Les moyens d’y remédier :

Cette liste ne se veut pas exhaustive, ni même la panacée pour soigner le mal du not provided qui ronge vos données, quelques pistes cependant :

  • Google Webmaster Tools : cet outil (entre les mains de Google encore et toujours) vous informe (mais pour combien de temps encore ?) entre autre sur le nombre d’affichages de vos pages dans les moteurs de recherche et le nombre de clics obtenus pour chaque expression clé en trafic naturel. Et oh merveille, vous pouvez connecter Google Webmaster Tools et Google Analytics. Cependant, il n’y a pas de miracle, les données fournies sont loin d’être exhaustives.
  • Google AdWords : en faisant des campagnes AdWords, vous découvrirez les expressions qui sont les plus rentables et ainsi orienter vos campagnes de référencement naturel vers celles-ci.
  • Utiliser les variables personnalisées : la technique est expliquée en détail ici, elle permet de générer des rapports personnalisés afin d’extraire partiellement des informations sur les performances en référencement naturel de chaque page. Cela permet de déduire ensuite, de façon très indirecte, les performances de telle ou telle expression-clés.

Attendez-vous à ce que les données de votre site Web soient plus chères et plus complexes à récolter et à analyser et également moins complètes qu’avant.

Et en attendant que le Not Provided représente 100% de vos mots-clés sources, je vous propose d’en débattre en commentaires ! 

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8 Commentaires

  1. Adifco dit :

    Bonne analyse. Par contre préconiser AdWords comme remède .. certes c’est pragmatique, mais je préfère les variables personnalisables !
    Dans l’un des documents de présentation de Google de 1994, ils parlaient d’outil au service de l’humanité sans logique mercantiliste …

    1. François Werckmann dit :

      Je ne connaissais pas ce document. Depuis cette date, ils sont côtés en bourse. Je pense effectivement que leur positionnement éthique fort, et en droite ligne avec l’esprit d’Internet à l’origine a évolué vers une vision plus classique du business.
      Et pour ce qui est d’AdWords, vous aurez je pense des résultats plus précis pour savoir exactement quelles sont les performances de chaque expression clés. Les variables vous fourniront des indications moins précises. Evidemment AdWords nécessite un budget plus élevé.

  2. Jacques dit :

    La solution n’est elle pas simplement dans l’utilisation d’autres outils de traking, non Google…

    1. François Werckmann dit :

      Malheureusement, ce ne sont pas les outils de tracking qui nous empêchent de d’accéder aux données, mais le site Google.fr qui ne transmet plus ces informations au site sur lequel il amène du trafic. Ceci dit, cela reste une option intéressante que d’utiliser des outils autres que ceux de Google afin de diminuer notre dépendance à son égard.

  3. N dit :

    Un pur bonheur de lire une analyse qui slalome avec brio entre toutes les données sans jamais verser dans un trolling à la portée du premier hater venu.
    Intéressant, positif, instructif, tout cela chatouille le cerveau et fait froncer les sourcils pour nous pousser à faire du mieux, du smart et du pertinent… en évitant le format tout payant tant qu’il est encore temps.
    Congrats.
    Alors oui, Google entrave certaines libertés… marketing.
    Cela dit, la firme a toujours fièrement annoncé « make no evil », jamais « make no cash »…

    1. François Werckmann dit :

      Merci 🙂
      Le fric et la moral ne sont pas nécessairement antinomique effectivement. La position de Google lui permet sans aucun doute de se prendre la part du lion dans la publicité Online. Nous ignorons où il s’arrêtera mais la machine est lancée de leur côté et ils continuerons sans aucun doute à optimiser la monétisation de leurs informations comme de leur trafic.

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